MONTRÉAL:
I. FILIATREAULT, ÉDITEUR
1910
Préface
Préambule
La Culotte à Baptiste
La Crémation
Le Coq à la Mère Supérieure
Le "Beu" à Napoléon
Les Punaises du Canada
L'Appendicite
La Jument à Ma Tante Cayen
Prout! Prout! Prout!
La Route du "Pays Fin"
Les Filles de 'Maska
Baptissette Dufour
Forts comme les Archambault
Le P'tit Taureau Croisé
Le Cochon à Toinon
Le Batte-Feu à Ponce-Pilate
Une Maladie Cutanée
Le Téléphone
La Balance à Pierre
Que je vous fasse une préface? Fassele ciel que je le pusse! Mais je nesuis pas préfacier! Je ne pourrais plusmême faire un livre. Et vous voulez queje jette ma note triste, lamentable, rond-de-cuiresque,et par conséquent discordante,dans votre concert de joyeusetés gauloisesquoique canadiennes?
Tant pis pour vous si je réussis tropbien, ou trop mal, ou si je ne réussis pasdu tout. Tu l'auras voulu, Georgette Dandine.Si je prête à rire, ce sera encoreune manière d'amuser vos lecteurs. Vousleur révélerez un nouveau type de canayen:le préfacier par persuasion.
À propos de types, les bonnes feuillesque vous m'adressez en pourtraicturentplusieurs qui sont bien du pays.
Le Franco-Canadien est resté Latin; ilest surtout resté Gaulois. Mais le climat,l'entourage, le frottement avec d'autresraces lui ont fait une mentalité à part.
Avec le temps cela a un peu déteintsur son caractère. L'humour anglais etaméricain ne lui est pas inconnu. Il étaitdéjà pince-sans-rire, il est devenu gouailleurà froid.
Le mot salé ne l'effraye pas outre mesure.Il en abuse parfois en petit comité,s'il ne sait pas toujours le dissimuler sousune couche suffisante de vernis.
Il n'a pas autant que son aïeul le Françaisl'art de dire des choses inconvenantesd'une façon convenable.
On lui a souvent répété qu'il parle lalangue de Racine; ne vous étonnez doncpas si, dans ses accès d'archaïsme, il s'efforcede remonter jusqu'à Rabelais et yparvient dans une certaine mesure.
Les anecdotes que vous livrez à la publiciténous le peignent assez bien, ce quin'empêchera pas certains de vos personnagesde rester mal peignés.
Ce n'est pas votre faute: il faut leurlaisser la tête qu'ils ont. Grimés d'uneautre manière, ils n'auraient plus de raisond'être.
Toutefois, si vous entreprenez de présenterau public tous les originaux duterroir, vous en entreprenez là un tannantde stunt, comme dirait Jules Lemaître.Vous avez un job qui durera jusqu'aujugement dernier, le plus redouté desjugements à cause de son incontestablejustice.
Et maintenant que je vous ai fait pleurer,faites-moi rire.
RÉMI TREMBLAY
Je n'ai nullementl'intention,en publiantces contes, de meposer en littérateur:mon seul désirest d'intéressermes lecteurs enleur narrant deshistoires de leurpays, où l'espritcourt les rues, biencertain de trouver toujours et partout bongîte et bon accueil dans toutes les famillescanadiennes-françaises, où le rire